samedi 11 février
L'endoctrinement
Nous avons parcouru des kilometres du Nord au Sud, de la Chine a la Thailande et un triste constat s'impose : les nouvelles generations sont elevees dans le culte du veau d'or etranger. Si les premiers temps on sourit de voir un bonhomme de 2 ans et demi, emmitoufle dans une demi douzaine de vestons matelasses, annoner un "hello" timide mais sincere, notre attrendrissement faiblit a mesure de nos pas dans ces campagnes ou la silhouette des meres sert de tuteur a ces tetes noires encore branlantes.Derriere la main minuscule qui s'agite dans l'air et eclate de blancheur, eclate vers nous sur le point de courir, tombe la main sombre d'un adlute qui dit en retombant sur l'epaule excitee de tant de nouveaute : "tu n'iras pas mon fils. Tu ne peux pas les connaitre".
Bientot ils pressentent nos pas des kilometres a la ronde et sortent muni de leur poupon pour lui extorquer quelques mots qu'il ne comprend pas. Ces automates de la salutations s'enfuieront alors dans quelques annees quand nous passerons sur nos bicyclettes, ou, pire, n'hesiteront pas a trouver drolissime de nous arroser de petards comme celui qui a eclate a cote de l'oreille de Sam il y a une semaine. Comment en vouloir a des enfants endoctrines des le plus jeune age a ne pas transgresser la barriere du "hello" poli, car insidieusement ces mots de bienvenue, qui devraient rapprocher, font hair ?
Voleurs de feu, voleurs d'ame, nous n'avons plus qu'a renoncer et reprendre les bicyclettes que nous avions deposees contre un mur grossier arrose de pluie grasse.
La pluie voyage fidelement a nos cotes ces temps-ci, nous avons devale des montagnes dans des sentiers boueux, nous nous en sommes lasses apres une semaine a se refugier dans des villages fantomatiques et a avaler des bouillons claires aux tripes. Nous snobons sans raison les etrangers qu'on croise et restons isoles dans notre relation franco-chinoise avec ce merveilleux pays qui peut etre vraiment casse couille de temps a autre. J'ai trouve ce sublime bouquin illustre et ecrit en francais sur la civilisation chinoise que j'ai voulu marchander dans un restaurant ; la vendeur rouge de colere avant de tourner les talons m'a cloue :
" I Make buisness, I don't bargain". Voici peut etre la phrase la plus pitoyable que j'ai pu entendre dans un pays ou discuter le prix d'un objet passe pour un art de vivre. Les logiques humaines et touristiques d'une region a l'autre different totalement. J'en viens a regretter souvent notre ville de Benxi, peut etre moins brillante, plus analphabete, mais chaleureuse et habitee de personnages rares.
Nous prenons ce soir un train pour Wuhan puis pour Nankin dans quelques jours : nous tentons de courir devant le char des nuages presses de nous tremper les os des fesses. Qu'importe, nous avons investi dans des baskets en plastique tres hermetiques, le plastique chinois qui ne laisse ni entrer l'eau ni sortir la transpiration si bien qu'il pleuve ou qu'il rayonne, on est toujours trempes !
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