mardi 27 juin
La partie de cricket chinois
Les personnes à la retraite passent leur journée à jouer. Le jeu est une obsession, les paris interdits en Chine et les salles de Ma jiang privées pullulent à Benxi. Le soir, quand les rues sont chaudes et qu'on n'est peu pressé de rentrer dans la fournaise des appartements, on ralentit le pas en entendant les clics clics des dominos de Ma jiang. Femmes et hommes se pressent dans des salles exigües, éventrées sur la rue, et d'où s'échappent des paquets de fumée opaque. C'est un plaisir de rester muet derrière les portes battantes et d'épier les visages des joueurs tournés sans exception vers le plateau de jeu, tapotant leurs pièces et hypothétisant sur les combinaisons possibles.
Les enfants jusqu'à la fin de l'adolescence n'abandonnent pas les jeux traditionnels des cours de récréation. On peut ainsi voir des adolescents de 17 ans sauter à l'elastique ou se combattre au pierre, feuille, ciseaux.
Le cricket cependant ne m'avait jamais paru répandu jusqu'à ce que j'accompagne Emma à son université. Une dizaine de monsieurs vêtus de blanc javelisé et chaussés de tennis fines anglaises en toile beige s'affrontaient à une variante du cricket qu'on connaît en Angleterre. Très poliment on nous offrit des sièges pour suivre une partie incompréhensible dont les règles nous échappaient totalement.
Des chapeaux moulés, les lunettes de soleil, des chemises impéccables, nous étions bien loin des populaires tripots. En un mot : un moment paradoxal dans une ville comme Benxi où la crasse et la poussière ont raison de nos civilités et de notre élégance.








