Ce SRAS a faim

Chroniques de la vie quotidienne en Chine du Nord. Quelque part entre Vladivostok, Shenyang, Pekin et Paris.

vendredi 16 juin

Kim Sun et les autres

Jean-Marc, en évoquant le nom de Kim Sun, m'a rappelée, je ne sais pourquoi ni comment, à un souvenir télévisuel chinois.

Comme il n'y a que deux chaînes à regarder en Chine, celle sur la copulation du monde animal, ersatz de chaîne porno, gratuite et diffusant en boucles ses programmes pour les insomniaques, et celle qui présente des documentaires sur la Chine d'avant ou d'aujourd'hui, je zappais entre les deux dans ma chambre d'hôtel miteuse où ni l'eau chaude, ni l'électricité ne fonctionnaient, terrée au fond de ma couette louche.

Je me décide pour un documentaire sur un adolescent de Chine du Sud qui passe ses journées à attendre du travail dans les chantiers et à attendre sur des bancs, ou adossé contre des murs, tandis que la caméra tourne en plan séquence fixe.

L'adolescent après avoir traîné ses vieilles fausses Nike, grisées par la pluie boueuse, dans deux trois bars où il finit les assiettes des clients peu affamés, nous mène à un batiment administratif quelqconque dont le hall est ouvert au public et présente une collection de portraits et de photos à la gloire du Communisme. Chose bien banale en Chine.

La caméra, toujours en plan séquence, ose un travelling derrière le dos du jeune homme qui s'arrête devant chaque photo de Grand Homme, la mine sérieuse et pensive. Lénine lui inspire respect et modestie, et il reste bien trois minutes avant de rendre le même hommage à Staline et Mao.

Mais au lieu de couper là sur ce plan plein de cérémonie, l'adolescent continue sa visite du mur et quitte le premier Président de la République de Chine pour un dernier objet qui  attisera en lui le même sentiment de religiosité : un bouton d'alarme incendie. C'est ce petit cadran rouge, d'une grandeur de 10 cm sur 8 cm, qui retient son regard le plus longtemps dans le plan séquence du documentaire.

Peut-être la couleur rouge l'a-t-elle induit en erreur ? Peut-être le souvenir de l'incendie ravageant Carthage donnait à notre héros des idées d'une autre révolution ? Qui sait ?

Reste que ce documentaire, qui n'est pas flatteur s'il veut établir la réussite sociale de la Démocratie chinoise, et particulièrement cette séquence sont le témoignage le plus subversif qu'il m'ait été donné de voir en Chine.

Ah ces Chinois, artistes malgré eux, révolutionnaires dans l'âme !

 

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mardi 13 juin

La traduction

Voici un court extrait d'un comics dessiné par Guy Delisle, SHENZHEN, qui met en images son expérience dans une des régions les plus dynaliques de Chine. C'est le livre de l'expat' par excellence.  Indispensable pour préparer le désenchantement  qui attend tout occidental  attiré par les lanternes rouges de l'Orient. 
Ici, le personnage est un animateur de dessin animé à la tête d'une équipe de dessinateurs chinois. L'extrait montre bien comme il est malaisé d'avoir une communication directe avec ses locuteurs, car on ne sait pas vraiment ce qu'il se passe une fois que les traducteurs ont en main notre message.

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samedi 10 juin

le vendeur de chaussettes

Dans les trains chinois, tous les voyageurs ont un jour croisé la route d'un vendeur de chaussettes qui s'escrime avec une lime à ongles à démontrer que sa chaussette est indestructible... Un question perdure : nous vend-il la chaussette super résistante qu'il maltraite ou l'échange-t-il contre une chaussette beaucoup moins résistante ?

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Faux et usage de Faux

Le lycée emménage dans de nouveaux locaux l'année prochaine dans le quartier le plus chic de la ville qui accueille les villas des amis du Parti. Rutilant, clinquant, aménagé pour recevoir tous les élèves en internat, l'administration a tout fait pour que "yi zhong" qui était classé deuxième meilleur lycée de la ville passe au premier rang. Je me souviens encore de Rasch, cet occidental si bien sinoisé, ou si vous préférez l'homme qui m'a embauchée, répétant à l'envie :

- "Yi zhong est le meilleur lycée de Benxi, tu verras. On pourrait le comparer aux grands lycées parisiens."
Ma mère, plus fière que moi encore, fortifiait l'écho de Rasch de sa voix de prof :
- " ma fille part en Chine travailler dans le Louis-le-Grand de la Chine du Nord."
J'en ris encore dans mes heures d'ennui profond.

p5110046Quand la mère m'a rendu visite en mai, elle ne s'attendait pas à trouver la crasse, la nonchalance, le désintéressement que je m'escrimais pourtant à lui décrire au téléphone. Une heure dans ma classe suffit à la convaincre de ma bonne foi. Les chaises cassées empilées au fond du couloir, la poussière accumulée et jamais nettoyée mais seulement déplacée par les balais-éponges et les seaux d'eau des élèves quand le jeudi, je criais que j'en avais assez de toute cette saleté, tout cela brossait un bien triste tableau.

Lors des premiers cours, je ne comprenais pas pourquoi les élèves rechignaient à s'assoir sur les chaises, pouquoi ils prenaient des mines dégoutées quand je leur ordonnais d'arrêter leurs simagrées.

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mon bureau

En  mai, j'ai investi dans des produits de nettoyage et nous avons passé cinq heures à nettoyer  la salle de classe avec Suzanne  à coups de détergent et de  poudre pour machine à laver. Les trente-huit yuans investis me furent remboursés trois semaines après, mais ô combien j'ai bataillé pour expliquer qu'il n'était pas précisé dans mon statut professionnel que je devais nettoyer ma classe à quatre pattes, les genoux pillonés par le béton mal dégrossi qui nous sert de sol.

Un directeur, qui fume beaucoup de cigarettes, fit remarquer à Catherine que je dépensais beaucoup d'argent pour la classe. Un lecteur CD à 320 yuans, puis 38 yuans de produits ménagers. Pourquoi donc le professeur d'anglais Matthew ne dilapidait pas lui aussi la fortune du lycée ?
Il est vrai  comme le professeur américain, cet ovni humain, tombé par hasard à Benxi, sans qu'il sache bien pourquoi il fallait sortir de son appartement une fois par jour et aller au lycée pour enseigner, j'aurais pu faire écouter du jazz à mes trois élèves et leur jouer de la guitare pendant les heures de cours puisque de toutes façons ils ne veulent pas travailler, et j'aurais pu emprunter le lecteur CD à ma collègue de français qui a lutté dur pour l'avoir, mais dans ce cas, le lecteur CD n'aurait pas existé, je n'aurais pas pu écouté du jazz dans ma classe et je n'aurais jamais pu être sacré le plus gros "glandeur de tous les temps" par ma collègue de français combattive, virulente et sanguinaire!

Un autre directeur, qui voulait venir empuantir l'air si frais de ma classe depuis qu'elle avait été nettoyée, vint déposer son nuage de nicotine dans le couloir, en prenant soin de ne pas ouvrir une seule fenêtre. Il restait devant le pas de porte de la salle de classe, effrayé du monstre que je suis. Il appela Catherine pour lui demander si maintenant qu'on avait les produits, on pouvait nettoyer les couloirs et les toilettes du bâtiment.
Si j'avais su les grossièretés qu'il osait murmurer à Catherine, j'aurais foncé dans son tas d'os et de graisse pour l'expédier au pays de Tchernobyl où il aurait fini avec quatre jambes et douze pairs d'yeux.
Malheureusement, je ne bénéficie pas de traduction simultanée et je dois arborer un sourire respectueux tout le long d'une conversation chinoise. Catherine refusa net.

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Pour l'honneur de l'Education Nationale, je conjure Louis-Le-Grand de poursuivre en justice les gens qui utilisent à mauvais escient la marque de prestige "Louis-le-Grand made in Paris". L'heure est à l'inquiétude, mes amis. La frénésie des "faux" frappe partout en Chine, faux Vuitton, faux Nike et maintenant faux Louis-le-Grand. Prenons garde à ce que la marque "made in china" ne s'ouffre pas à son tour de cette endémie.

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mardi 30 mai

Pique nique et water gun Fight Party

Here the pictures of Monday night and of a pic nic with the students under the rain of course...

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L'équipe

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                                         Girls' Team

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And the pic nic now...

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The brave ones

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Nicolas la star              Les Garçons

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jeudi 25 mai

Incroyable Chine

Ma Xing me demande toujours pourquoi nous ne prenons pas de belles photos de la Chine, pourquoi nous pointons nos Canons vers les tas d'ordures, les Hutongs, les paysans crasseux... Je lui répond un peu gênée que c'est la Chine telle que nous l'aimons, une Chine simple et authentique dont on rêve avant de venir et dont on déplore la disparition un peu plus chaque jour. Alors pour fêter les dernières années de la Chine décalée, alternative, underground avant l'âge ; voilà un florilège des incongruïtés qu'on peut encore croiser sur le bord des chemins...

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O comble de l'infortune, au moment où je rédigeai ce message mon plafond, qui a subi de gros dégâts d'eau et qui a été osculté par Monsieur Poisson il y a deux jours, ce dernier me confirmant qu'il ne fallait s'inquiéter du plafond que lorsqu'il tomberait dans mon salon, vient de s'écrouler dans un grand fracas qui m'a fait taper "Chine décalboiuod" au lieu de "Chine décalée" ; j'ai l'honnêteté de vous mettre au courant de cette faute de frappe moi qui aurais pu profiter des ruses de l'info pour la cacher à vos yeux... Il faut croire que j'ai plus de scrupules que d'autres à avouer que les choses ne sont pas toujours parfaites !

Quand à la fuite d'eau de la salle de bain (plongée dans l'obscurité pendant une semaine et dont nous adorions le nouvel éclairage baroque à la bougie), on m'a dit d'attendre que le sol s'écroule... Nous prévoyons déjà d'apprendre à léviter.

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vendredi 19 mai

pressés ?

Vous avez intérêt à faire la queue bien alignés sur le quai de la gare sinon l'homme casquetté va vous réprimander d'un coup de sifflet !

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Mais cette queue si ordonnée n'est qu'une oeuvre éphémère et déjà à l'entrée en gare de la locomotive, tous se pressent contre les marchepieds, s'écrasent le nez contre votre sac et vous lancent de larges coudées dans les côtes.

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Ca se passe comme ça à Benxi, c'est court ou crève, mais on sait pas trop bien pourquoi on court...

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dimanche 07 mai

Manucure

Après la demi bouteille de whisky qu'on s'est enfilé au mariage de Jean, Nicole nous a trainées ma mère et moi dans les galeries souterraines de benxi, pour une séance de peinturlure sur ongles.

Suffit de choisir le motif floral sur une plaquette où sont présentés plein de faux ongles peints, on peut même se faire peindre un drapeau américain ! Moi j'ai opté pour des papillons noirs

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C'est 50 cents d'euros pour la manucure, le vernis et un peu de souffrance car ces jeunes filles aux visages pourtant si angéliques sont prêtes à tout vous arracher à grands coups de scalp si vous ne criez pas "Aiya !"            

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Voilà le résultat, à gauche la mère, à droite la fille

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mardi 07 mars

Appelez le l'Arbre

Le voici, acquis dans l'endroit le plus chaud de Benxi, le marché aux fleurs, un hangar surchauffé où on aime bien aller décrotter la boue qui nous pend aux semelles...

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dimanche 18 décembre

Dans les rues de Pékin

C'était sombre, froid et flou, pensais-je.

Après avoir récupéré le colis à l'aéroport, il me fallait faire vite, il ne s'agissait que de rester quelques jours sur Beijing, de photographier le plus de choses possibles et de tout ramener au lab' pour les résultats. Le μu 6OO digital était une merveille de technologies, sans doute ce que l'homme avait pensé de meilleur depuis la découverte de la pierre ponce, le jour où un plongeur s'était flingué le pied sur un massif coralien et qu'il en avait éprouvé un plaisir savoureux. Avec sa focale  hypersensible, ma rétine défoncée à force de scotcher les écrans lumineux pouvait s'en remettre à l'objectif comme à un chien guide, j'avais simplement à viser juste.

pc100029Quelques heures plus tard après avoir pris un taxi noir censé comprendre les indications en anglais, quelques détours plus tard aussi car le chauffeur avait appelé l'intégralité de son répertoire pour savoir où se trouvait l'adresse que je lui avait criée par dessus la bande sonore d'une chanson pop chinoise, je poussai la porte d'une auberge perdue dans Liulichang. Comme partout, tout rutile d'or, poingées, moulures en plâtres, comptoir d'enregistrement mais la peinture dorée s'effrite vite dans ces endroits-là.

- J'ai réservé une double, hier soir. Regardez à "Trippy".

L'employé semble m'attendre depuis des siècles, période pendant laquelle il a ruminé l'ultime sésame de tout vendeur chinois qu'il me crache au visage aussi pressé de s'en débarrasser qu'il a été patient pendant toutes ces ères paléontologiques :

- Hellooooooo! lâche-t-il sans me cacher sa fierté et comme attendant que nous entamions enfin une discussion en anglais sur l'extraordinaire extension du marché automobile chinois à l'étranger. Une fois cette fusion linguistique consommé, nous nous escrimons tous deux à nous comprendre : moi bégayant mon chinois et me reprenant quatre fois avant de trouver le ton exact lui agitant les bras en tous sens, sans plus de sens.

- "wo... wǒ... wÓ... wÒ... et merde je m'en rappelle plus ! bon file moi la 223 qu'on n'en parle plus." Il s'exécute et m'accompagne juqu'à la chambre me tenant toutes les portes ouvertes et s'incrustant dix minutes dans la chambre tenant absolument à me montrer comment fonctionnait la douche, se gorgeant en réalité qu'il y ait de l'eau chaude aujourd'hui.

garcon_coiff_Le Hutong est charmant pendant les cent premiers mètres après l'hôtel, mais j'avais besoin de preuve concrètes et je ne pouvais pas me satisfaire de cet instantané des années cinquantes comme si rien n'avait changé dans le mode de vie des chinois. L'homme qui se fait couper les cheveux dans la rue pour deux yuans n'avait rien à faire dans mon plan, il avait même pu être mis sur mon chemin pour essayer de me ralentir. J'avançais encore dans les ruelles grisâtres vouées à une disparition prochaine. Les Hutongs respirent à peine entre les buildings qui les écrasent de toutes parts ; dans tous les quartiers, des coins de rues désertiques laissent s'épanouir des visions de gravas, de fondations excavées, et de tôle désolée. Des ouvriers payés suffisamment pour ne pas pouvoir se nourrir, se gèlent par moins dix pour éloigner les tourises et leurs appareils inquisiteurs. Stupides touristes qui croient faire de l'art contemporain en photographiant des chantiers !

- Dégagez ! me criait-on à moi aussi.

Un homme en épais manteau vert, ceux que l'armée brade aux pauvres pour rentabiliser son fond de commerce et ne rien perdre du gâteau, et chapoté d'une chapka russe, l'air rachitique, me faisait signe de vider les lieux et ne pas m'attarder devant le spectacle nocturne hypnotisant d'une grue Carrart prête à faire gicler une façade défoncée à grands coups de boulet de fer. Glaçant.

Je ne comprenais pas ma mission ici, je dégainais partout l'appareil, en sueur, persuadée qu'on espionnait mes gestes, toujours préparée à voir surgir de derrière un car, un squad de six gars surentrainés dans les camps de Corée du Nord, le visage grillagé et qui m'annonceraient :

- Vous ne devez pas prendre de photos. Achetez les cartes postales de la place Tian Anmen, je suis sûr que vos amis préfèrerons plutôt que de voir des tas de pierres inconnus.

Et peut-être auraient-ils raison, peut-être que mes amis veulent tout simplement me voir poser au premier plan d'une curiosité sans relief ni intérêt. Armée de plus de courage qu'Alexandre quand il partit conquérir le bassin méditerranéen, j'étais décidée à être un bon citoyen et mes sens me conduisirent dans la galerie commerciale la plus proche près de Chang Jie, sorte de double dégarni des Champs Elysées où pas un piéton ne s'aventure sans son taxi.

J'y trouvais mon bonheur, la conscience enfin reposée. J'avais trouvé ma photo de touriste, celle qu'on rapporte en France et qu'on exhibe aux soirées d'amis en précisant que quand même c'est très kitsch tout ça !

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Posté par shui2fr à 05:07 - Les articles légers - Commentaires [0] - Permalien [#]



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