Ce SRAS a faim

Chroniques de la vie quotidienne en Chine du Nord. Quelque part entre Vladivostok, Shenyang, Pekin et Paris.

mardi 27 juin

Le pique-nique d'adieu

La fin de l'année est là, je replie mes "qipao" et mes dentelles et je prends l'avion demain. Avant le triste départ, mes élèves m'ont emménée une dernière fois faire les folles au parc.
Here are the pictures of last sunday with my students !

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La classe de Français

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Emma, Emma, Marie

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Sandrine celle qui aimait les guns

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Un peu mouillées

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Un peu folle

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Un peu sages

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Valérie, Marie, Sandrine, Nancy, Louise et Emma

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lundi 26 juin

Le concept de sécurité

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Un mot qui ne doit pas avoir d'équivalent en Chine à en juger par le trafic routier, les conditions de travail de certains ouvriers qui montent des buildings à l'aide d'échaffaudage de bambous, ou qui se balancent au bout d'une corde pour nettoyer les vitres d'un immeuble de 17 étages, ou encore qui refont l'isolement des toits à plus de trente mètres d'altitude sans harnais.

Mais il suffit aussi d'ouvrir une fenêtre, comme celle de chez moi à Xiaofang, pour admirer les ménagères taillant  bavette, à califourchon sur la rembarde. Je compatis à leur tâche, les fenêtres sont si sales que la lumière a du mal à pénétrer dans les appartements. J'en ai même vu une les deux pieds reposant sur la grosse boîte de l'air conditionné (voir la photo ci-dessus) au dessus du vide, faire ses carreaux.


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J'ai pour ma part expérimenté le grand frisson d'une marche arrière sur l'autoroute grâce à Monsieur Li. 500 mètres après la bretelle d'accés et son virage, il s'est rendu compte qu'il avait pris la mauvaise direction. Jugeant que la prochaine sortie était trop éloignée de l'endroit où il était, je dirais 5 kilomètres, il enclenchait sous mes yeux incrédules et ceux de Jean la marche arrière avant qu'on constate à l'unisson l'état clinique psychotique avancé du personnage et que nous nous jetions hors de la voiture sous les rires de Ping Ping et Yuan Yuan.

Moi qui prend l'avion dans deux jours, je prie le Seigneur, Bouddha and co., de m'épargner le frisson d'une marche arrière au royaume des nuages...

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mardi 20 juin

La conque

Connaissez-vous Aragon ? Le Paysan de Paris ? ou l'histoire d'une errance surréaliste dans l'esprit de Paris et ses rues virtuelles.
Le personnage fantasme l'illusion, l'imagination trompeuse, falsificatrice, il la magnifie et s'en sert pour piétiner comme il faut trois siècles d'empire raisonnable. Allégories, visions aquatiques chez le coiffeur, spectres angoissants aux Buttes Chaumont, animation des chapeaux dans leur vitrine : Paris ne se ressemble pas et c'est exactement pour cette raison qu'Aragon nous emporte dans ses Passages parisiens (Colbert, Dodat, Variétés). Traversée des mondes connus vers les lieux inconnus de l'imagination pour trouver nos vraies mensonges, nos vraies représentations du monde, c'est l'entreprise du Paysan de Paris dans l'esprit contemporain du Surréalisme.

Benxi est lui aussi un lieu d'inexpectance. Alors que je suivais les boules de pollen blanches qui agaçaient ma narine et ma sinusite chronique, je décidai de forcer le passage d'un mur de brique étrange qui délimitait un carré de 200 mètres de côté où aucun immeuble d'habitation n'était construit. Etrange, me dis-je, l'affaire veut le coup d'oeil. Je ne fus pas déçue en découvrant, devant un majestueux bâtiment du gouvernement récemment construit, planté comme une météorite arrachée à l'espace interstellaire, une conque géante.
Les eaux du globe m'eussent-elles emportées à cet instant que je n'en aurais pas été surprise, car que faisait ce cadavre de crustacé de 20 mètres de long et de 7 de haut au milieu d'un parc privé? Les ouvriers qui dévoraient leur déjeuner, me regardaient de leurs yeux de mérou comme s'il était impensable de trouver coquillage aussi gros.

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J'étais prise du plus gros des doutes et je cherchais en vain dans la conque les prédateurs prêts à surgir et à  se batailler pour mes tripes, le ciel ne virait pas au rouge et je n'étais pas entourée de liliputiens.
Je soufflai enfin.
Ce n'était donc pas Mandiargues qui tenait la plume, ce n'était qu'Aragon que j'entendais ricaner.

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samedi 20 mai

L'art en Chine

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Dashanzi,

Galerie 798

à Pékin


"Qi Jiu Ba", c'est un peu le Tacheles de Berlin, ce bâtiment modèle qui continue d'être le foyer d'accueil des artistes alternatifs, qui laisse ses portes battre au vent pour que les passants osent entrer et longer les couloirs dégradés jusqu'aux ateliers des peintres/ sculpteurs/ installationnistes/ photographes/ modeleurs/ musiciens/ bidouilleurs/arrangeurs.

Si le Tacheles occupe le centre-ville, Les galeries "798" logent en lointaine périphérie. On n'y entre pas par hasard donc mais on prévoit un long périple pour accéder à la troisième ceinture de la ville. L'effet d'errance esthétique est donc quelque peu manqué et c'est peut-être ici, sur ce léger détail, qu'on commence à tiquer...

L'art est en marge, l'art est difficile d'accès en Chine et réservé à ceux qui sont au courant de l'existence de tels lieux, à ceux qui ont les moyens de payer le taxi pour aller dans un coin reculé de Pékin mal desservi, à ceux qui ont le temps, autre richesse, de consacrer trois ou quatre heures à la flânerie.

L'art chinois ? En France, il peut s'avérer laborieux d'aller chercher dans notre package culturel le nom d'un artiste chinois moderne. Et on comprend pourquoi, les lieux artistiques n'ont pas leur place dans l'espace urbain ; l'espace urbain n'a jamais été pensé comme esthétique : les tours de Shanghai ou de Pudong, bien qu'elles soient l'oeuvre d'architectes fameux, ne jouent pas sur la rupture, la surprise de l'oeil, il y règne l'uniformité des lignes et des angles. La ville moderne n'est qu'un cliché d'elle-même.

J'aime Berlin car on a su y intégrer diverses constructions, la Volksbühne et le Philharmonique, la Potsdamer Platz et la Branderburger Tor surprennent sans cesse. Dans cette ville, l'art est une forme de vie intégrée au noyau urbain, alors qu'à Pékin l'art est couvé, enterré, séparé artificiellement de la vie. L'art, chose inerte et délaissée.

Le projet de la galerie "798" est toutefois audacieux pour une Chine encore très traditionnelle et il n'est pas inintéressant d'aller y faire un tour.


Faisons donc le tour de ma sélection :

Le lieu est bien choisi, d'anciens ateliers d'usine dont on a gardé quelques machines pour la mémoire du lieu. Clair, spacieux, bien aménagé, beaucoup de banquettes pour profiter au repos des 360° de la salle.

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Les oeuvres se débattent encore beaucoup avec le fantôme des années Mao et on peut reprocher aux artistes d'un peu trop se copier les uns les autres.

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J'ai un faible pour cette peinture, version tryptique du cri de Munch. Badges, uniformes, casquettes ternes contrastent avec le fond coloré et très kitsch (le cochon, les billets roses !!) ; on les sent un peu écrasés par les masses colorés ces pauvres hommes-troncs emprisonnés, accolés à la limite de la toile. J'aime le comique qui ressort de cette toile, les visages grimaçants ; je trouve même que le troisième homme à droite ressemble davantage à un vendeur Mc Do qu'à un travailleur maoiste.


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L'humour est un thème transversal des lieux d'exposition à Dashanzi ; la dérision c'est le seul miroir qu'on peut tenir à bout de bras quand il s'agit d'attaquer le cliché que la Ville est le futur de la Chine ; "being in Bejing means success" dit l'artiste qui a étêté ses personnages hilares de bonheur. Comme si le reste du pays disparaissait dans l'ombre, à quelques lettres près l'existence "being" se confond avec la ville "beijing". Quid des campagnes ? quid des villes de province? Rien justement et c'est bien là le problème de l'attitude d'aveuglement du gouvernement qui a du mal à accepter le fait que la Chine c'est aussi un milliard de personnes ailleurs qu'à Shanghai et Pékin.

Ces hommes béats aveuglés n'ont pas d'yeux pour l'insuccès qui frappe les autres villes chinoises.



J'ai un faible pour l'humour noir de ces photos qui font partie d'un ensemble de quatre photos présentant les corps morts d'une famille modèle, étrange... et très esthétisant.

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lundi 08 mai

Le mariage de Jean et Ping Ping

Jean, c'est l'expat', le vétéran de Benxi que la poussière et la confusion générale de la Chine n'arriveront pas  à ébranler, celui qui grise nos soirées avec ses cheveux cinquantenaires et les rasades de bières qui engorgent nos verres encore pleins, celui qui dépassera toujours dans une foule de chinois avec son mètre quatre-vingt-dix.

Ping Ping, c'est la chinoise au visage allongé, la peau tirée comme à 20 ans, mère d'une jeune fille de 15 ans, divorcée sans doute, on demande pas, toujours couverte de beaux habits, toujours élégante, tout sourire et charmante, la discrétion de la femme mûre armée d'un sourire malicieusement sioux, la force de l'inertie, la fraîcheur des jeunes filles, et deux pommettes saillantes.

Voilà le tableau :

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Donc comme ça se passe en Chine, ils ne se sont pas rencontrés sur la banquette arrière d'un bus mais une entremetteuse les ont entrepris tous deux et lors d'une rencontre ils se sont appréciés.

En bref, ils se sont mariés comme le veut la tradition chinoise qui n'autorise pas deux adultes pourtant deux fois et demi majeurs à se fréquenter hors de liens admistratifs sacrés. Pour informationn Jean n'avait toujours pas pu emménager chez sa femme une semaine après le mariage car l'administration française, un peu chinoise cette fois, a rajeuni Ping Ping en lui collant 1985 comme date de naissance ; Jean pourtant fier d'épouser sa cadette de 20 ans, rageait qu'on lui interdise de poser ses bagages dans leur appartement au cas où l'inspection des ménages ferait un tour chez Ping Ping et constaterait une union peu en règle. Le couple attend donc les nouveaux papiers de France pour enfin passer le même pas de porte quotidien... En attendant, comme lui a dit Ping Ping, Jean doit aller faire sa machine de linge chez lui !!

Ainsi,nous avons été conviés à cet évènement national, en version originale sans sous-titres, dans un restaurant de la ville de Benxi le mois dernier.

Jean a sorti la marié en rose sous les pétards et les cris de la foule en délire, dont le maquillage commençait à dégouliner à force d'attendre la belle carosserie grise, .

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Les mariés sont à la porte dans le contre jour, impossible à prendre en photo les yeux rivés sur l'horloge qui indique 9h58, heure à laquelle le mariage est prononcé ; ainsi contrairement à nous qui laissons le plus croustillant pour la fin, l'annonce factuel du mariage, climax d'émotion qui extorque aux mères tremblantes des pleurs incontrôlables et hystériques, sûres qu'elles sont de ne plus pouvoir maintenir leurs filles dans cette obéissance tyrannique et ce chantage affectif, adieu bouches muettes et soumises ! les chinois sapent le faux suspens et annoncent dès le début que les mariés s'appartiennent pour de bon ; ce qui va suivre n'étant plus que des formalités complémentaires.

Le baiser se déplace prudement de la bouche aux fronts des mariés qui doivent incliner leur tête pour les faire se toucher tendrement.

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Vient le moment de l'échange des verres de vin, que Jean n'a pu s'empêcher de vider goulûment comme l'attendait l'audience et puis le classique gâteau qu'on découpe devant l'assemblée mais qui disparaît tout de suite pour n'être servi qu'à la fin du repas qui suit cette cérémonie.

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Pas de discours, pas de grande tablée, les convives mangent dans des salles individuelles, pas de musique ni de danse : la cérémonie est terminée à 13 heures, nous sommes les derniers à quitter l'établissement et je passe devant toutes ces salles vides où les invités se sont régalés, à présent dévastées de fumée, de plats en reste, de nappes souillées et je pense à nos mariages français plus conviviaux, plus longs et plus épuisants aussi pour les mariés. Le mariage en Chine semble être important, surtout quand on parle avec la génération des trentenaires, cependant cette importance n'est pas mise en scène dans les festivités et chacun se contente de suivre les traditionnelles étapes du mariage selon les pressantes recommandations des parents, sans le rendre plus chaleureux ou personnel.

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dimanche 23 avril

La rouste du directeur Dong INTRO

Avec cinq directeurs dans l'établissement et le double de sous-directeurs, il faut être bien inspiré pour  choisir d'emblée celui qui vous sera favorable et soutiendra vos projets pédagogiques aussi légers soient-ils...

Vous aurez  lu  Le cadeau du directeur et remarqué que j'avais commencé de courtiser le directeur Dong ; la tentative échouée de lui offrir mon horrible cendrier français a abouti la semaine dernière, et je commençai déjà à me féliciter de ma diplomatie chinoise et de mon esprit aux mille ruses quand se produisit un évènement tout à fait désagréable et néfaste à ma blanche réputation de jeune professeur irréprochable et soumise, réputation que pour la première fois j'arrivais à entretenir plus de deux mois et à laquelle mes supérieurs semblaient croire de bonne foi.

p3240102On connaît le grand attachement des chinois pour les activités collectives et leur goût pour le consensus et les grandes démonstrations enthousiastes comme celles auxquelles j'assiste tous les lundis matins. A l'heure du cours de gym, la cour de récréation se recouvre de survêtements bigarrés et des colonnes d'élèves strient l'étendue sableuse de bandes noires et rouges. Devant moi, le premier de chaque colonne s'avance un panneau en main où est inscrit le numéro de la classe qui se tient en rang derrière lui, puis attend le signal du départ. Le mégaphone hurle un top départ et voilà que les quinze colonnes de 70 élèves se mettent à battre des bras en rythme sur une musique de step-gym-tonic diluée à la guimauve pop, composé inhérent à toute musique chinoise. De loin, la chorégrahie a quelque chose d'hypnotisant et de grandiose mais à y regarder de près, les visages évoquent la lassitude et les gestes de chaque petit soldat n'ont aucune beauté, ils flottent dans l'air sans  conviction, mous et fatigués de se répéter depuis des années sur le même air.

En Chine, participer aux divers clubs créatifs ou sportifs d'un lycée augmente votre cote de popularité auprès de l'établissement scolaire ; aussi nul besoin de briller au club d'échecs ou de corde à sauter, il suffit d'y être présent et la moyenne générale des matières académiques se gonfle soudainement. Le cours de français ne figurant ni dans la colonne des matières principales, ni dans les matières optionnelles fortement recommandées, jouit d'un statut bien sybillin et précaire. Je ne m'étonne plus que mon cours soit annulé et qu'on omette de me le faire savoir, pour cause de "vie de classe" ou de nettoyage des salles de cours. J'occupe en effet la neuvième heure de cours de la journée des élèves, heure qui devrait être consacrée aux tâches ménagères et aux devoirs. Parfois le téléphone sonne alors que les bras chargés de manuels, je m'apprête à refermer la porte du bureau des profs, pour entendre que les élèves se réunissent afin de discuter de documents distribués par le Parti et d'échanger des idées à leur propos ;  interdite ou exaspérée selon l'humeur, j'imagine mes élèves tenant harangue, gonflé d'un souffle politique, le poing en l'air et le sourcil autoritaire argumenter ou infirmer des idées qui les dépassent, alors qu'ils répondent avec peine à mes questions en cours de français,  rougissant jusqu'au blanc de l'oeil, prêt à pleurer,  accomplissant cet effort surhumain de combattre des années d'apprentissage de soumission et de silence, si répandu dans les caverneuses salles de classe chinoises, où le plaisir des études n'est qu'une expression que les directeurs aiment employer dans leur meetings mais qui a déserté les cervelles bien réelles des adolescents....

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samedi 22 avril

La rouste SUITE

Douze heures par jour dans le lycée, ils passent la porte à 7 heures dans un sens et la repassent à 19 heures dans l'autre  ; du lundi matin, lever du drapeau chinois au son du clairon, au dimanche midi, début du week end, la jeunesse chinoise étudie. Apprendre un instrument de musique ou s'exercer à une activité artistique est un effort de concentration supplémentaire qu'il faut soustraire au temps libre du week end. Pas étonnant alors que peu d'artistes voient le jour dans ces conditions d'affairement perpétuel. Les têtes auxquelles j'enseigne me font l'honneur de venir à un cours de français facultatif et ont souvent bien du mal à rester concentrées.

Alors quand mes meilleures élèves me demandent mercredi de supprimer le cours pour aller voir LE match à  ne pas manquer de basket ball du lycée, je négocie pour les accompagner au terrain et approfondir leur vocabulaire sur le sport, au programme cette semaine.

Nous encourageons en choeur et en français l'équipe de la classe 11 et je commence à interroger en français mes élèves...jusqu'à ce qu'une à une elles disparaissent en courant vers les bureaux de l'administration, et moi criant de toutes mes forces sans penser qu'elles ne comprennent pas un mot de ce que je dis :

" Et dépêchez vous de revenir !!"

Quelques dix minutes plus tard et beaucoup d'ennui, Catherine vient me chercher pour aller dans le bureau du directeur. Lequel ? Monsieur Dong veut me voir. Des élèves au garde à vous alignent leur bout de nez sur le bout de leur baskets, la mine grise et l'épaule tombante et je passe entre eux vers un bureau encore inconnu, pensant revoir l'homme à qui j'avais fait cadeau du cendrier. Deux visages m'attendaient, les traits agités d'avoir crié avant mon arrivée sans doute, s'escrimant sur leur dixième cigarette car on avait mis son temps à me localiser : le brassard rouge du premier homme fit une grande impression sur moi, je voyais ma fin dans un camp de Corée du Nord, jugée inutile à la Chine désormais et par conséquent livrée à l'ennemi le plus proche et le plus sanguinaire ; M. Dong et sa coupe au bol ne ressemblait pas à l'homme que j'avais vu quelques jours plus tôt, bien plus gras et fumant bien plus encore. Il avait donc un homonyme !! je me faisais alors cette remarque qu'à un homonyme près j'aurais pu bénéficier des bonnes grâces de l'homme, et je souris malgré moi.

Ma rêverie devait s'arrêter net avec une voix déraillante m'invitant à prendre place devant une trentaine d'élèves et ce fut le début de l'interrogatoire.

- " Pourriez-vous nous dire pourquoi vous avez fait cours dans la cour de récréation ?" me questionna, sans introduction, l'inconnu au physique sec et au brassard.

- "J'ai pensé que puisque nous étudions les sports, il était bon d'aller pratiquer en condition réelle le français et de réviser ce que nous avions auparavant vu en salle de classe ; le français étant une langue orale je tiens à la mise en situation et à l'immersion. Si j'avais les manuels avec moi, je pourrai vous montrer que nous travaillons actuellement les différents sports."

A priori, cette réponse sur le fil ne le convainc pas plus que moi et voilà qu'il enchaîne sans transition ni remarque comme si je n'avais même pas tenté de donner une quelconque orientation pédagogique à ma réponse : " Mais comment saviez-vous qu'il y avait aujourd'hui précisément une compétition sportive ?"

Et toc ! croit il me coincer : cet homme ne cherche apparemment pas la discussion donc je hausse les épaules "savais pas les élèves m'ont prévenue, j'ai improvisé". La nonchalance de mon ton, qui accompagne mon regard vague, fait que je m'attends à la pire des engueulades, humiliantes qui plus est devant les élèves, mais il se tourne, or l'usurpateur, le faux  M.Dong qui n'avait pas dit un mot depuis le début de cette scène d'inquisition qui me mettait au supplice marmonne quelque chose puis dirige ses postillons vers les élèves avant de s'apaiser et de me demander de désigner les élèves qui m'ont ignominieusement manipulée afin d'assister au match de basket.

Outrée qu'on m'initie à la délation de mes propres élèves, mes meilleurs en plus ! je pivote royalement vers Catherine qui traduit chacune de mes paroles en tremblant et je dis à voix basse comme une abrutie égarée sur un champ de course qui cherche la sortie la plus proche :

- " je sais pas moi lequel, ce sont des chinois, ils se ressemblent tous".

Je nommerai donc cette boutade personnelle "Du Bon Usage d'un Cliché" ou comment sauver la face à mes élèves qui allaient tomber injustement sous le couperet d'une justice aveugle. Ces derniers temps, la discipline au lycée de Benxi est à l'ordre du jour, sauf qu'en retard de 50 ans en recherche pédadgogique la Chine n'a jamais été confrontée à ce type de problème et ne peut s'en dépêtrer. La direction a demandé des coupables il y a deux jours, impossible de les prendre sur le fait ; il fallait donc sauter sur le moindre prétexte. A une autre échelle, cette justice du quota, où ses acteurs sont payés à la pièce et non à la qualité et à la dangerosité des criminels qu'ils arrêtent, a des conséquences bien plus graves et de simples vendeurs de pissenlits sur les trottoirs de Benxi ou d'autres villes, se retrouvent ainsi à les manger par la racine.

Sur la liste noire du lycée, j'aurais pu sauver ma blancheur à un M.Dong près...

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mercredi 29 mars

telecharger The L Word

Pour ceux qui sont fans de la série voici comment trouver sur le net "the l word".

  • télécharger sur "télécharger.com" Bit Comet qui est un logiciel de torrent bien plus facile à utiliser que Bit Torrent, lugubre lui.
  • aller sur le site Mininova et taper dans la barre de recherche "L word", les résultats afficheront tous les fichiers de la série. Attention les fichiers sont sous format .avi ou sous un format compatible ipod dans ce cas là, il faut lire le fichier avec "quick time" car windows Media Player n'y pourra rien.
  • Pour les sous-titres, le site vient de fermer donc apprenez l'anglais bien vite et essayez de comprendre leur accent de L.A.

Pour les sous-titres voici un lien http://davidbillemont5.free.fr/seriesd.htm

. Bonne troisième saison ! 

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mardi 14 mars

Delicatessen chinois

Depuis trois jours, on détruit un mur au dessus de ma tête. Les coups du burrin, infatiguables et lourds, s'abattent avec la même régularité pour ne cesser que le soir. Je déduis qu'ils sont plusieurs et me demande combien il faut de jours pour abattre une paroi dans ces appartements standards de 80m2, peut-être font ils aussi sauter le plancher, peut-être creusent-ils inlassablement une galerie vers mon appartement ; à mesure des travaux, mes murs à moi frissonnent comme des jeunes filles dans le vent fort. J'ajoute donc à mes angoisses nocturnes le cauchemar qu'une troupe d'ouvriers chinois sous payée passe au travers du plafond au milieu de la nuit quand j'en suis encore à me demander s'il n'y a pas comme une odeur de brûlé.

Ma pauvre imagination appuyée par les tristes et pourtant si véridiques raisonnements de ma raison, est certaine que personne ne réchappera du terrible incendie de l'immeuble ; sans sortie de secours, garni d'appartements décorés exclusivement en bois, la tour de banlieue recouverte de suie réserve un beau saut dans le vide à ceux qui seront en état de se réveiller...

Evidemment, quand enfin décidée d'aller vérifier moi-même dans le couloir s'il y a la moindre odeur suspecte, perdue de fièvre et de frissons, j'arrive sur le pas de porte glacé, j'enrage de ne rien sentir à cause de mon nez pris par le rhume. Ne reste plus qu'une solution.

- " Sammaël, tu trouves pas que ca sent le brûlé ? " chuchoté je à l'oreille du ronfleur bienheureux.

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lundi 26 décembre

Après Nerval...

                     

                           gros_pingouinNoël. Jour de l'an. Anniversaire.

Benxi se frize dans les glaces et nous pensons à nous échaper vers le Nord où les vents sont redoutables. Les montagnes de Harbin ne ressemblent encore à rien et attendent mes yeux pour exister. Une nature insoupçonnée n'a pas encore commis l'imprudence de se découvrir ; je devrais plisser mon regard et serrer les dents, je le sais.

Je ressors de l'appartement après une semaine d'isolement, la lumière est plus crue plus vivante qu'avant, je sens ses agacements de me voir si fragile sur les plaques de givre. La maladie nous rend plus neuf au monde, elle nous recrache aussi avec son hystérie. Mes journées ne sont pas assez longues pour abattre le travail dont je rêve, mon sommeil n'est pas assez léger. J'aurais aimé être de ceux qui ne dorment pas pour ne rien perdre du grand show. Je vois bien l'indécence d'envier l'insomnie d'un Proust, mort sans avoir pu finir son oeuvre...

Les passages souterrains, anciens abris anti sismiques, reçoivent des floppées d'humains, venus là pour se réchauffer et consommer les milliers de vêtements qui s'étalent ici tous identiques. La mode est à la pétasserie, bottes en cuir, ornées de diamants, jeans stretchs et colliers à grosses boucles de fer. La poupée chinoise se déboite le pas à chaque irrégularité de pavé et je ris simplement.

Je suis personnellement à la recherche de fringues "moches", ou pour être plus visuel disons que je cherche des collants double face : soie imprimée de motifs floraux rouge sur noir façon Tatie pendant les soldes d'un côté, moumoute de mouton de l'autre.

Vous aurez pu remarquer que ma littérature s'est faite discrète avec l'arrivée de l'homme ; j'en suis désolée pour ceux qui l'appréciaient, j'en suis ravie pour ceux qui s'en plaignaient. Mais disons que je suis davantage désolée... Les hommes déconcentrent.

Je promets de noircir mon carnet pendant ces deux mois de vadrouille un peu anarchique ; j'en profite pour remercier tantine de cet ingénieux présent en cuir orange, qui est déjà bien gribouillé.

Le voyage m'attend, ma vie commence sans arrêt quand je monte dans un train : quelle émotion de laisser derrière soi des tonnes d'affaires qui ne nous manqueront pas. D'abord le froid des plaines mongoliennes ; viendront les chaudes houles de la Thailande, puis les joies de l'amitié retrouvée à Nankin.

Je repense à Nerval dont le nom suffit à créer des visions vaporeuses, ses voyages en Italie, ses voyages dans sa folie, les fantômes qu'il poursuivait sur des bateaux, de loin sur des plages... Quelle magnifique solitude ce dût être.

bry_sur_marne Ma maison.

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