mardi 31 janvier
Thailande 3/3 - Tout le monde descend de voiture !
Sur un air de Paolo Conte qui berce nos soirees italiennes a cote de la guesthouse.
Nous prenons notre envol definitif jeudi 2 fevrier pour le Yunan et la ville de Kunming avant de tourister un peu dans la province juste a sa droite le Guanxi. La Thailande n'aura pas derobe notre coeur endurci de jeunes routards qui ont deja les pomettes brulees par mille soleils. Le pays dans ses plus beaux moments ressemblent a notre fascinante Auvergne ou a nos Cevennes, si on les imagine agrementes par ci par la de bananiers et de colonnades de bambous.
Chiang Mai, derniere etape du trip road, nous a finalement retenus une semaine dans son enceinte, car on se perd dans son dedales de "soi" et d'impasses qui foisonnent de rencontres inattendues et dorlottent le promeneur extenue de vapeurs hydrocarburees. L'air pur s'y trouve par bulles d'ozone intactes pretes a exploser pour le bonheur de nos poumons. Les immeubles sont etrangers a la ville et quatre remparts isolent la Belle de la circulation prosaique. Nous ecumons les librairies et les marches, ainsi que les stocks de milkshake banane pour lesquels j'ai reactive la meme addiction qu'au Perou. Avec notre budget de pachas, nous avons delaisse les matelas pleins de punaises pour le paradis d'une guesthouse admirablement decoree et temperee, dans laquelle cour nous nous rememorons les etapes du voyage.
Sur Chang Lor Road ce sont des milliers d'etalages qui nous jettent de la poudre aux yeux avec leurs plats delirants de senteurs et les bras des cuisinieres ne cessent de remuer les ingredients millenaires, de faire revivre et bouillir les secrets des ancetres disparus et deposes sous les racines d'un arbre tranquille. Cette femme decoupe, faconne des metres de boudin toute la journee pour les rotir sous les yeux du passant a la nuit tombee, a l'heure des bouches palpitantes et des estomacs frissonnnants.
Les currys menacants ont un air tellement appetissant qu'on s'y laisse prendre une fois de plus, alors qu'on panse encore les plaies encore vives laissees par le curry vert de la veille. Comment imaginer des plats plus colores, plus criants de vie que ceux que les rues de Chiang Mai nous proposent ? On a vite fait d'oublier l'etat douteux des cuves ou tout cela mijote, la graisse qui recouvre les parois en fer de la cuisiniere de fortune ambulante qu'on peut degager vite fait quand la police arrive et qu'il faut montrer les papiers d'autorisation a la vente.
Petit rappel rapide pour ceux qui ne suivent pas : l'histoire de la Thaïlande (connue sous le nom de SIAM jusqu'en 1939) commence par la fondation du royaume indépendant de Sukhothai en 1238. Cette période de grande croissance culturelle n'a duré qu'un siècle, une période où le minuscule royaume a absorbé multiples éléments des cultures voisines. Plusieurs principautés thaïes de la vallée du Mékong, profitant du déclin de l'empire khmer, s'unissent et créent le royaume de Sukhothai (Aube de la félicité), considéré comme le premier vrai royaume thaï. Elles formeront par la suite le Lan Na Thai (le pays du million de rizières thaï) : de Chine sont venus les bons potiers qui ont établis les fours célèbres de Sawankhalôk, et le contact s'est produit avec l'Inde par l'intermédiaire de la route commerciale. Du Cambodge, la Thaïlande a acquis les éléments de gestion aussi bien que l'architecture. Les sites de Sukkhothai sont extremement bien conserves compares a ceux d Ayuthaya qui sont plus ... anecdotiques
Quand le Roi Ramathibodi pris le trône en 1350, il a déplacé son royaume à Ayuthaya (une des zones les plus fertiles du monde, située où trois grand confluents se joignent pour former le puissant fleuve Chao Phraya). Le Royaume d'Ayuthaya s'est épanoui pendant les quatre siècles suivants, conquérant le Cambodge et quelques autres états du Nord. 1765 : Invasion birmane. La capitale tombera deux ans plus tard et tous les manuscrits, temples et statues seront détruits. Voici le wat Yai Chai-mongkol qui date de 1357 et est encore habite par des moines qui pratioquent la meditation, je le precise car d'autres ont des missions plus humanitaires : on porrait comparer les deux ordres a notre clerge seculier et celui qui vivait uniquement dans les monasteres au 16e siecle.
Aujourd'hui on visite le restes de Wat dans ces deux sites, monuments souvent construits a la gloire d'un roi, chef de guerre tombe au combat ou disparu sous son lit.
Cette photo est peut etre la photo la plus prise au monde ; cette incroyable tete de Boudha a disparu dans les racines de cet arbre seculaire, emprisonnant l'homme sacre dans les profondeurs de la terre, loin du Nirvana des moines. Je n'ai uploade qu'un echantillon de photos mais vous pouvez etre surs de ne pas echapper a notre rentree a une projection de ruines et de temples, dont on aura oublie les noms, dont on ne sait plus pourquoi on les a pris en photos mais on espere retrouver le memoire d'ici la.
Je preciserai aussi que les petites pillules bleues en sachets de 100 intitulees "bangkok drugs" ont passer sans mal la frontiere de l'aeroport et que nous sommes donc en liberte. Je m'en debarrasse aujourd'hui en les donnant a une pharmacie pour que ces merveilleuses aides antipaludiques maudissent d'autres voyageurs que nous. pour ceux qui ne comprennent pas voir l'article suivant http://benxi.canalblog.com/archives/2006/01/20/1249329.html
mercredi 25 janvier
Thailande 2/3 - on commence a apprecier
La Thailande a du mal a nous seduire apres les moments formidables d'humanite que nous avons connu en Chine et qui nous restent a decouvrir. Impressions d'eloignement, qu'on est uniformement pris dans la masse des touristes qui ne se depetrent pas de leur mauvais thai. Heureusement que certains moments reconcilient avec le voyage comme on l'aime.
Vous en etiez restes a notre escale a Mae Sod ou Sammael commencait sa crise reactive aux pillules bleues pas magiques du tout. Nous avons serpente ensuite par la ''death road'' pendant 4 heures pour rejoindre un village delicieux, aux superbes maisons en tek ; la susdite route tient son nom des villages karen qui la bordent et qui abritaient dans les annees 80 un bastion combattif de villageois qui en avaient apres les forces gouvernementales et organisaient embuscade sur embuscade. Vous pouvez admirer ici la moto qu on a monte dans notre sangthaew et le monsieur qui a chevauche la moto pendant le trajet car il n'y avait plus de place.
Tout le monde sachant qu'un village a ses limites quand on a fini d'en parcourir le perimetre, nous prenons l'option chutes d eau de Thilawsu. Cependant on a vite compris pourquoi tout le monde preferait booker un voyage organise vers cette curiosite naturelle et etre pris en charge, meme pour un prix affolant ; aucun transport public ne prevoit de desservir cette destination eloignee de 45km du village, car ce buisness est reserve aux tour operators ; nous attendons sans espoir deux heures a la gare des bus mais tout le monde nous ignore et nous jauge d un mauvais regard pensant surement que nous sommes des ecerveles qui n ont pas compris que les treks organises c etait mieux pour tout le monde car ils n avaient pas a supporter notre mauvais thai et nous leur mauvais anglais.
Histoire de detendre l atmosphere, les deux amis avec qui nous voyagons etant artistes ambulants, sortent leur materiel de spectacle, leurs longs batons qu ils font rouler partout sous tous les angles de leur corps ; je me lance pendant ce temps dans une partie de ''dessinez c est gagne '' avec les enfants du coin enthousiastes de connaitre autre chose que la tele pour une fois. La television est une obsession en Asie ou on retrouve indifferemment dans les salles obscures de toutes les maisons, de tous les restaurants le meme regard vide hallucine plante dans l'ecran. Valerie, la gymnaste a la souplesse extraordinaire epoustouffle meme les adultes a force de grands ecarts et de pirouettes. on nous lache apres deux heures l'information qu'un sangthaews, ce moyen de transport a deux banquettes et couvert d une toile ciree, qui peut accueillir de 8 (en chargement raisonnable) a 15 personnes (quand les thais ont vraiment besoin d argent et que les voyageurs ne craignent pas de voir la route defiler sous leurs pieds pendant qu ils s accrochent aux cotes exterieurs de l engin) part pour notre destination.
Nous voila donc lances sur les routes dans des sangthaews pourris qui nous deposent a des croisements de routes pour nous reprendre quelques deux cents metres plus loin quand ils s apercoivent que nous n avons pas accepte de payer 1000 baths pour qu un pote a eux nous conduise aux chutes d eau et que nous continuons coute que coute a marcher sur l'asphalte attendant la generosite d un chauffeur. On se retrouve finalement a l'entree du parc naturel sous les yeux ahuris des gardes barrieres qui n ont jamais vu d humains passer cette frontiere mais seulement des vehicules motorises. Reste encore 25km a parcourir. Rassemblement de l'equipe, point time, point provisions : il est 3h la nuit tombe dans deux heures et un marcheur faisant a bonne allure du 4-5km/h il nous faut 5h de marche pour arriver a bon port, nous detenons trois litres d eau pour 4 personnes et une bouteille de coca glacee, enfin trois portions de riz ax legumes et une de riz blanc pour le convalescent constituent notre festin. On compte qu on arrivera jamais avant la nuit. C est alors que la perspective de passer la nuit dans une jungle thailandaise, entre autre habitee par les leopards, les tigres, les pantheres, et les cobras royaux avec une seule tente deux places tirees entre deux profusions de bamboos dont les craquements mysterieux evoquent aux cervelles petries de films gore, des scenes d eviscerations assurees, enleve beaucoup de magie a la splendide lumiere du jour si rassurante.
Par chance un pele rentre chez lui et nous avance de 10km dans son 4x4. Plus que 15km, c est faisable
On en marche 7/8, desesperant de ne cesser de monter et descendre des pentes qui ralentissent notre rythme. La lumiere baisse et la commence une ascension ardue et reguliere qui brise les jambes : le desespoir est total quand une voiture pleine de touristes ronflant nous assure qu il nous reste encore 8km et que la cote se renforce lors des prochains 4km.
On s ecrase par terre au point final de la phrase. Abandon des troupes.
Dieu qui est grand nous envoie alors Gabriel dans sa Range Rover hurlante de moteurs. Gabriel est un guide qui accompagne trois New-yorkaises en trekking de trois jours ; en se penchant pour voir par la vitre arriere on apercoit en effet trois epaules blanches confortablement installees sur les banquettes moelleuses, tandis que nous voguons sur des tonnes de sacs dans le coffre. Le guide nous applaudirait presque s il ne risquait de passer par dessus la rambarde de securite tant la route secoue cette petite societe.
L'office qui sert d accueil touristique refuse de negocier son prix de location de tente, nous nous lancons donc dans la technique qui a si bien fonctionne cette apres midi meme a la gare routiere : user leur patience asiatique, pourtant si legendaire sur la planete. Et comme vous vous y attendez peut etre.... nous n'y arrivons pas !!!
Sammael et moi nous raisonnons pour payer cette tente hors de prix et nous avancons sans honte vers celui a qui nous avons tourne le dos quelques minutes avant. Cette fois, l homme secoue la tete : il n a pas de tente disponible, o comble des combles!! Je precise a l audience que pas un seul bipede ou quadrupede n est venu reclame une tente pendant notre epreuve d intimidation. Une conclusion s'impose et nous laisse gaga : l'homme negociait ferme avec nous une tente qui jamais n existat.
Heureusement que Gabriel en avait une de secours qu il nous ceda avec un sourire pour la nuit. L'aide vient decidemment toujours de l'endroit ou on l attend le moins et souvent de maniere excessive.
Notre bonne etoile nous conduit jusqu'au poste de controle des tickets, droit dont il faut s'affranchir, totalement arbitraire pour se faire des thunes sur notre dos. Nous n'avons pas de ticket ; le garde en poste avait vu la veille notre capacite a emmerder le monde en faisant des etirements de kung fu, en chantant des chansons, et en etalant le contenu de nos sacs devant l'office et nous fit signe de passer officieusement. Les chutes sublimerent nos yeux et l'eau fraiche affermit nos chairs.
Le retour fut plus facile en auto stop avec des touristes thais de Bangkok.
ce periple qui nous couta 30BHT chacun, d autres s'en accomode a 1000 bht. Voila une suee que nous avons bien gagnee !
vendredi 20 janvier
Thailande 1/3 - trop de moustiques !!!
ne pouvant acceder a ma boite mail, je me permets d utiliser le blog pour donner de nos nouvelles a tous.
Nous sommes arrives a Bangkok il y a deja plus d une semaine, puis nous avons echoue dans les rues de Ko San road toute la nuit a la recherche d une auberge ou dormir car nous n avions pas reserve pour faire original... la boite de conserve hors de prix surchauffe sans fenetre ni toilettes ne repondant pas a nos attentes prestigieuses, nous avons decide la paupiere lourde de nous diriger a l autre bout de la ville a 5h du matin. Il faut preciser que nous etions quelque peu sonnes de decouvrir le visage neo-hippy de la Thailande dans cette rue ou s agglutinaient des occidentaux flous deversant des tonnes de paroles et de rires hysteriques sur un fond de musique venue droit d un autre ocean, rappelant les douleurs des Jamaicans lorsqu ils etaient encore des fils d Africains. Les nattes tressees en rosiers ne nous attiraient pas specialement car nous refusions d arborer nous aussi ce sourire stupide et bienheureux de ces inconnus, avec lesquels nous ne voyions pas quoi partager de si magique en ce moment d extreme fatigue ; les thais de l autre cote de la rue regardaient en se frottant les mains ce petit monde qui remplissait si bien leurs banquettes moelleuses et leurs tiroir-caisses, se faisant une joie de ce tourisme kapmandousien.
Avant d attraper un taxi pour un lit, peut etre, un individu qui m entendait denigrer les plages bondees de Ko Samui ou le metre carre de sable s arrache a des prix plus flambes que celui du 15e arrondissement avec vue sur la Tour Eiffel, m interrompt pour se citer lui meme dans cette tirade sans comparaison :
- " je me permets de faire ce commentaire... si tu veux bien. Je ne crois pas que tu dois suivre aveuglement ce que disent les gens sur les forums de voyage ou dans les guides touristiques, tu dois aller ou ton coeur te conduit et ne pas te soumettre au dictat d inconnus. Dirige toi ou le vent te porte meme si ta route n est pas toujours la bonne."
C'est a ce moment la que j ai su que je resterai toujours l insupportable mysanthrope que je suis, denigrant les gens stupides comme ceux dignes d admiration, et que je n etais pas faite pour aimer le monde et l embrasser jusqu a m'en etouffer, ni que jamais je n arborerai de nattes rastas en pensant que je detiens l ouverture d esprit necessaire dans mes cheveux.
Je vous dirai qu'heureusement la Venise de l Orient ne s est pas reduite a cet adage et que nous avons repu nos yeux le lendemain, libere d appareils photos avec pour seul temoin notre memoire. Vous ne verrez donc pas Bangkok, c est une ville excessive qui ne se laisse pas capturer sans qu on y revienne plusieurs fois.
Au sud-est de Bangkok, nous avons lezarde quelques jours sur les plages desertes de Ko Chang, fuyant le beat techno du premier soir pour des huttes ''hippy'' tenu par un fantomatique gerant qui passait son temps dans une hutte attenante au milieu d un nuage epais de fumee... Le village de pecheur a cote nous a regale de ses peches quotidiennes de coquilles saint jacques, de crevettes et de langoustes, quant a notre restaurant a 200 metres de la hutte, qui se reduisait a une paillotte tout juste construite a laquelle nous revenions quotidiennement comme des chiens a la jambe de leur maitre, il nous reservait sa terrasse ouverte sur le golfe de Siam ou nous baignions nos pieds pour des soirees entieres. L endroit etait desert, les gens chaleureux, les curries vegetariens excellents : le temps n'a plus d'accroche pour faire son travail et ces trois jours se ressemblent comme les longues heures qu on doit passer au paradis.
Puis on joue la carte culturelle, visite de temples, de Wats, dont vous aurez les photos en ligne je l espere, bientot.
A present on se prend pour des aventuriers et on se frotte a la frontiere birmane avec qui la Thailande a pas l air super a l'aise. Disons que ca arrive parfois que le gouvernement birman balance quelques squads pour mettre un peu l ambiance, ajoutons a ca les tribus des montagnes en jungle qui poignardent des policiers qui viennent leur interdire de chasser, ce qui pose probleme car ces tribus ne pratiquent pas l agriculture et vivent de leur chasse. La zone est classee zone 3 pour le palu donc on prend de la doxycycline, et pour preuve que c'est pas que des bonnes choses, Sam est tout patraque sous sa moustiquaire a attendre des heures meilleures.
Mae Sod est vraiment une ville formidable car elle allie la douceur des montagnes a une population avenante encore epargnee par le fleau touristique. La cite compte des dizaines de communautes linguistiques ou ethniques, et nous connaissons un reel bonheur a pouvoir discuter a nouveau avec des Chinois, chasses de Birmanie par le gouvernement. Le pouvoir en place de l autre cote de la frontiere jette plus de 150 000 personnes sur les routes depuis des annees du cote thailandais et nombre de camps de refugies sont passes sous silence aupres de la communaute internationale par le gouvernement thai lui meme. la situation de ces gens etant extremement precaire, l aide internationale est presente dans les environs. Nous essayons demain de partir pour un de ces villages karen pour y deposer on l espere un petit quelque chose.




